#RDVAncestral – Une surprise hivernale

Le temps est clément, en ce mois de février. Nous n’avons pas eu de véritable hiver et ça me laisse perplexe quant au temps qu’il fera en été… Aurons-nous un été pluvieux ? Mes pensées virevoltent : le temps cet été, mon frère qui veut aller au Japon à cette période de l’année, les Jeux Olympiques de Tokyo, les Jeux Olympiques…

Je me retrouve tout à coup devant un vieux poste de radio, comme celui qui est chez ma grand-mère, mais en bien meilleur état. « Ces Jeux étaient exceptionnels. C’est une grande réussite pour le paysage français, qui non seulement a rassemblé près d’un million de visiteurs, mais la France a réussi à se classer parmi les meilleurs mondiaux. On a gagné 9 médailles – vous rendez-vous compte ? -, ce qui nous place à la troisième place du classement des pays… » rapporte une voix de journaliste, qui continue de parler mais je ne l’écoute déjà plus.

J’ouvre la fenêtre et un courant d’air frais me glace en un instant. Il fait d’ailleurs bien frais dans cette pièce exigüe. En tout cas, l’hiver est bel et bien présent ici. Je ne reconnais pas où je suis et m’empresse de faire le tour pour en avoir une idée. Ça tombe bien, près de la fenêtre se trouve un journal. La date indique le 22 février 1968. 1968 ? Les Jeux Olympiques d’hiver se passaient à Grenoble mais quel rapport ?… Ça y est, je me souviens : mon arrière-arrière-grand-mère Victorine TETARD est décédée cette année-là. Serais-je à Dijon ? Je m’habille chaudement et descends dans la rue. Malheureusement, je ne reconnais pas grand chose non plus, n’y étant jamais allée… J’hèle un passant pour savoir où se situe le cimetière. Une fois arrivée sur place, je vois une procession. Je me glisse vers eux tout en restant à une certaine distance. J’entends par la même occasion des bribes de discussions.

« C’était une belle personne. Dommage qu’elle nous ait quittés.
– Que voulez-vous ? Nous ne sommes pas éternels…
– Elle n’a pas eu une vie facile…
– Elle était vaillante !
– Elle a pourtant abandonné son enfant, la seule qu’elle avait ! Je n’aurais pas pu…
– Chut ! La voici. »

Je me tourne vers la personne dont ils parlent. Mon arrière-grand-mère ! Je reconnais tout de suite le visage de cette femme, pour avoir regardé longuement son visage sur les photos qu’on m’a envoyé. J’ai alors envie de me précipiter vers elle, prendre ce petit bout d’femme dans mes bras et lui poser milles questions. Cependant, je reste à ma place, ayant conscience du moment solennel. Son visage ridé est grave et on voit que la vie ne l’a pas épargnée non plus… Alors, je laisse les questions défiler dans ma tête :

Renée, as-tu connu ton père adoptif ? Comment était-il ? Que s’est-il passé pour que tu « abandonnes » tes deux garçons, Paul et Raymond, mais pas ta fille Hélène ? Qui est le père de tes trois enfants ? Qu’es-tu devenue ? Qui es-tu ? Je n’ai que des bribes de ta vie et plus de 30 ans séparent la naissance de Raymond, mon grand-père, et cet instant…

Alors que la scène devant moi devient de plus en plus floue et que j’ai conscience de revenir au 15 février 2020, une question me taraude : Renée BRUCKNER, est-ce que je te retrouverai un jour ? Après 1968, je n’en ai plus aucune trace. Mais je suis heureuse. Heureuse de l’avoir aperçue. Et j’espère… J’espère qu’un jour une porte s’ouvrira et une partie de ces mystères résolues.

Renée BRUCKNER et sa fille Hélène (?) – Archives personnelles

#RDVAncestral – 1er voyage dans le passé

Le RDVAncestral est l'occasion d'écrire un récit sur la rencontre avec un de nos ancêtres, d'aller à sa rencontre, à son époque. 
Rien ne me prédestinait à ce premier voyage dans le temps et dans l'espace. Voici le récit de cette première aventure inédite.

Alors sur le chemin pour rendre visite à ma famille, je commence à m’assoupir. La fatigue commence à se faire ressentir après ces quelques courtes nuits que je viens de passer. Mon esprit se libère et me voici dans les bras de Morphée…

Je me retrouve sur un chemin de terre, entourée de champs et de forêts. Il fait froid, le sol est givré, le jour se lève. De la vapeur sort de ma bouche et je me souviens un instant de mes sorties à la campagne plus jeune. La nature semble étrangement à la fois immobile, comme dans un écrin de verre, et vivante, prête à éclore. Plus loin, un village se distingue sur les lueurs de l’aube. Je décide d’aller dans sa direction pour savoir où je me trouve. A peine ai-je fait quelques pas que je butte sur une pierre que je n’avais pas vue et manque de m’affaler par terre. Je n’ai pas le temps d’étouffer un cri de surprise et de douleur qu’un homme, que je n’avais pas entendu arriver, me demande comment je vais.

« Bien, merci » dis-je en me retournant vers mon interlocuteur. Quel n’est pas mon étonnement de voir un homme d’une quarantaine d’années, habillé… de manière singulière.

« Puis-je vérifier votre pied ? J’aimerais vérifier que vous ne vous êtes rien cassé, ni foulé la cheville. »

Je m’aperçois alors que je suis habillée différemment que d’habitude. Je porte une longue robe bouffante bleu azur, un petit manteau chaud sur les épaules, une sorte de coiffe sur la tête et des souliers confortables aux pieds. Je me demande qui est cet inconnu.

« Vous êtes médecin ?
– Non, chirurgien. Et à votre cri étouffé, je dirais que vous vous êtes fait mal…
– Excusez ma méfiance mais je ne m’attendais pas à pareille demande.

Le monsieur n’a pas l’air mal intentionné, il parait plutôt honnête même. Je le laisse ausculter ma cheville.

– Heureusement pour vous, vous ne semblez pas affectée. Où allez-vous comme ça ?
– Je voulais continuer sur ce chemin mais je me suis perdue. Où sommes-nous exactement ?
– Sur la route de Bar.

La route de Bar… Mais oui, bien sûr, ce ne peut être que Bar-le-Duc ! Il ne me reste plus qu’à trouver à quelle époque j’ai atterri.

– Je rentre chez moi, à Fains, reprend ce gentilhomme. Voulez-vous m’accompagner jusqu’au village ?
– Volontiers ! Je ne connais pas ce chemin et je trouverais sûrement quelqu’un qui voudra bien me donner un peu d’eau à boire. »

Nous nous mettons en chemin et discutons. De par ce qu’il me dit, j’ apprends qu’il s’appelle MOREL. Je devine qu’il est aimé et respecté de tous ici. Il rapporte d’ailleurs un cadeau avec lui : un panier plein de pommes et deux belles carpes. Les seigneurs du lieu font même appel à lui quand ils en ont besoin. J’essaye d’en savoir plus :

« Ces seigneurs, sont-ils comme on les présente, pieux et bienveillants envers tous ?
– D’une certaine manière, oui, quand ils sont là. Malheureusement, ils se font plus rares que leurs prédécesseurs, les Seigneurs de Florainville…
– Remy, tu ne vas pas me croire. Catherine est sur le point d’accoucher ! nous interrompt un homme du même âge que « mon » MOREL, qui vient à notre rencontre en courant.
– Il n’y a pas de temps à perdre, Claude ! Allons-y ! »

Tout d’un coup, tout s’éclaire : je viens de faire une balade avec mon ancêtre Remy MOREL, maître-chirurgien. Cet homme essouflé n’est autre que Claude TOUSSAIN(T), le père de Catherine, et ces trois personnes sont toutes mes ancêtres. Par un concours de circonstance, je comprends que je suis en 1691. Le 22 novembre 1691. Je comprends aussi mieux pourquoi j’ai l’air de ressembler à une dame de la noblesse, ce sont tous deux des « hommes honorables ».

« Pardon ? (je me rends compte que l’on m’a parlé)
– Souhaitez-vous nous accompagner ? Vous pourrez entrer au chaud dans la maison et vous désaltérer. »

Je n’ose pas dire non, il fait si froid ! Mes mains et mes pieds sont gelés. Nous nous remettons en route et arrivons bientôt chez Pierre MOREL et Catherine TOUSSAINT. Au détour d’une ruelle, j’aperçois l’église Sainte Catherine et le château. Un jeune homme d’une vingtaine d’années sort de la maison :

« Père, venez vite ! L’accouchement a déjà commencé. La matrone a besoin de vous.
– J’arrive !
– Remy, tu es là ? entend-on depuis une autre pièce de la maison.
– Me voici, me voici, répond le concerné.
– Remy, j’ai besoin de toi. L’accouchement se complique…
Remy se retourne alors vers moi :
– Veuillez m’excuser, mademoiselle… (puis, voyant mon alliance) Madame, avez-vous déjà accouché ?
– De deux enfants, pourquoi ?
– Venez avec moi, une personne de plus ne sera pas de trop. »

Je m’exécute. Une douce odeur de verveine flotte dans la pièce. La chambre est exiguë et je devine que les femmes présentes sont de la famille. Je me demande ce que je fais là – et ne suis pas la seule à en croire les coups d’œil furtifs à mon endroit. On va entendre parler de l’étrangère encore longtemps, j’en ai bien peur. Les chuchotements se tournent rapidement en prières et Remy, inconsciemment, vient à mon secours : « Catherine, je te présente Catherine (j’ai préféré donner mon prénom francisé), elle a déjà eu deux enfants, deux garçons. Elle va t’aider lors de l’accouchement. » On ne discute pas des ordres d’un maître-chirurgien, qui plus est son beau-père et devant le fait accompli. La pauvre, en souffrance, n’a d’autre choix que de se résigner mais m’accepte avec un sourire, comme si ma venue – ou serait-ce mon prénom ? – allait lui porter chance. Je me souviens alors avoir lu que les femmes en train d’accoucher, à cette époque, avaient des livres de prières dans leurs lits. Je le lui emprunte et nous récitons toutes ensemble une prière, toutes conscientes de ce qu’est l’accouchement et les conséquences possibles. Catherine ne se plaint pas. Ces sortes de psalmodies lui permettent de mieux respirer, ce qui l’aide énormément. Mais Remy doit intervenir, le bébé est bloqué à l’intérieur. Il essaye d’abord de le changer de position, ce qui arrache un cri de douleur aigu à la pauvre mère, puis s’aide de crochets pour sortir le bébé. Catherine hurle de douleur Je ne dis rien, j’ai peur pour la mère et l’enfant mais c’est une autre époque… J’essaye de la réconforter avec une autre femme pendant que d’autres prient pour elle. Pour cette fois-ci, le bébé sort indemne et en bonne santé, mais je me demande si ces crochets ne font pas plus de mal que de bien. La sage-femme, après l’avoir nettoyé, le montre à la nouvelle maman. Quelques instants plus tard, elle l’amène à Pierre pour aller le faire baptiser à l’église. Ce 22 novembre 1691, un nouvel enfant est né : il s’appelle Pierre, comme son père, premier né de 9 enfants. Je profite du départ de la matrone pour m’éclipser à mon tour, sans avoir oublié de souffler à Catherine de mettre son bébé au sein dès le début. Je lui confie que « le premier lait est le meilleur » sans savoir si elle m’écoutera vraiment ou si elle suivra la coutume de son temps qui est de jeter le colostrum au feu.

En sortant de la maison, j’ai une pensée pour cette famille. Je n’ai pas revu Remy MOREL. Il a dû quitter la chambre juste après l’accouchement, comme il est mal vu qu’un homme soit dans la chambre d’une jeune accouchée. Toute la famille se réjouit de ce premier fils. Ils ne doutent pas que le malheur va bientôt s’abattre sur leur foyer avant de connaitre à nouveau de meilleurs jours.

Remy MOREL meurt le 12 décembre 1693. Alix LONGEAU, sa femme, meurt le 6 décembre 1694, à l'âge de 68 ans.
Sur les 9 enfants que Pierre MOREL père et Catherine TOUSSAIN auront, au moins 6 enfants se marieront. Un fils mourra à l'âge de 12 ans.
Pierre MOREL fils vivra encore longtemps et aura lui-même de nombreux enfants. Il meurt en 1762, à Behonne.

Recette – Apfelstrudel

« Que vient faire la cuisine dans la généalogie ? » pourrait-on me demander. A ceci, je répondrais que l’art culinaire n’a pas d’âge, ni de limite, et qu’il fait parti, bien souvent, de nos souvenirs d’enfance mais aussi, peut-être, d’une tradition familiale, régionale ou nationale.

Sans plus tarder, je vais vous parler d’un dessert que j’ai toujours aimé et qui est un peu ma « madeleine de Proust », un dessert qui a traversé au moins trois générations dans ma famille, si ce n’est plus.

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La Saint Nicolas

Le mois de décembre est un mois plein de fêtes : Hanukka pour les Juifs, la Saint-Nicolas, l’Avent, Noël, etc. Aujourd’hui n’échappe pas à la règle puisque c’est la Saint Nicolas ! Ma mère étant allemande, nous l’avons (presque) toujours fêté dans ma famille. Du côté de mon père, mes ancêtres viennent du nord-est de la France, où la Saint Nicolas est une tradition bien ancrée. N’est-ce pas une bonne raison d’en parler ? Petit tour d’horizon de cette fête dans les régions de mes ancêtres.

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Les noms de famille : Bartelmann

Après le nom de famille BRUCKNER, c’est au tour de la branche maternelle d’être mis à l’honneur avec le patronyme BARTELMANN. Les noms de famille allemands n’échappent pas à la règle : ils signifient souvent quelque chose. Par exemple, KLEIN signifie « petit », WOLF signifie « loup », etc. La petite différence avec les patronymes français vient que l’allemand utilise beaucoup les noms composés – ce qui fait vraiment des noms à rallonge parfois ! -, comme dunkel-grün (= vert foncé). Les noms de famille ne font pas exception, et BARTELMANN est composé de « bartel-mann ».

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Légende ardennaise – Les quatre fils Aymon

Lors de mes pérégrinations pour connaitre la vie de mes ancêtres, je me suis rendue en Ardennes pour y découvrir ses légendes et son folklore. Les Ardennes sont d’ailleurs connues pour être une terre de légende. Voici donc l’histoire des quatre fils Aymon – aussi dite de Renaud de Montauban – qui date du Moyen-Âge. Cette légende symbolise aussi la résistance des Ardennais.

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